If you want her back, gotta let her shine
Samedi 11 décembre 2021 – 22h28

Les Spero Patronum jouaient pour le 2ème soir de suite au Chaudron Baveur et je devais bien avouer que ça avait fait venir du monde dans ce petit bar. Je n’y travaillais que depuis une semaine mais j’avais déjà commencé à trouver ma routine. Je faisais surtout des heures tardives et je travaillais le week-end, même si mes devoirs de Défenses contre les Forces du Mal avaient tendance à me prendre tout mon temps. Avec Shay, on s’acharnait à engranger le plus de sous possible pour enfin retrouver un toit sur nos têtes. Mais ce n’était pas encore chose aisée.

En attendant, je servais quelques verres aux spectateurs venus encourager le groupe. La plupart était donc des étudiants de l’UMS, des gens que je fréquentais tous les jours. Mais on trouvait aussi des sorciers plus âgés, venus en couple, venus entre amis, en famille. Certains étaient tout simplement des touristes. Parfois il y avait des mecs pas très sympas, qui avaient un peu trop bu et qui mettaient facilement la main aux fesses. Heureusement, le patron nous aidait à nous débarrasser de ce genre d’individus.

Ce dernier voulait à tout prix se faire bien voir : depuis que son établissement avait été victime de ce terrible attentat en juin 2020, il peinait à retrouver une réputation sympa. Les concerts des Spero Patronum étaient donc là essentiellement pour ramener de la joie dans ce lieu. Je devais avouer que je ne savais pas ce que je ressentirai à boire et manger dans ce lieu où tant de personnes avaient trouvé la mort. Ils avaient vécu l’horreur et je comprenais que leurs familles aient du mal à revenir ici.

Il était 22h30 et le concert continuait toujours. Pourtant, j’avais fini mon service. Le patron reprit mon tablier. Il avait encore trois personnes en salle. J’attrapais mes affaires à l’arrière et m’apprêtais à sortir. Shay devait m’attendre à l’extérieur de Londres, dans un petit quartier. Il serait probablement en retard, il m’avait dit qu’il comptait traîner tard à l’UMS afin de rendre un devoir. Je pouvais peut-être attendre une petite demi-heure et encourager ma collègue, Camilla. Elle qui était si réservée au travail semblait réussir à se lâcher sur scène. Je tapais dans les mains en même temps que les autres spectateurs et applaudit bruyamment à la fin de la chanson.

Je regardais autour de moi pour voir si je pouvais m’installer à quelque part quand je notais le visage de Jillian Hamilton. Jillian était la meilleure amie de Tristelle, c’était comme ça que je la connaissais. On avait toujours échangé quelques mots, plaisanté un peu mais rien de bien sérieux. Elle était résolument tournée vers la fenêtre, la main sous le menton, comme s’ennuyant profondément. « Hey ! » dis-je en m’approchant de sa table. Elle tourna vers moi un visage surpris, ne s’attendant surement pas à ce que quelqu’un l’accoste. « Qu’est-ce que tu fais ici ? » lui demandais-je.

Elle m’indiqua qu’elle était venue pour son mari. « Hein ? C’est ton mari au piano ? » Je me hissais sur la pointe des pieds pour voir un peu plus son visage avant de tourner à nouveau la tête vers Jillian. « Mmh, il est plutôt mignon, c’est vrai ! » me moquais-je avant de m’asseoir à sa table, en face d’elle. « Pourtant, tu n’as pas l’air très heureuse de l’entendre, je me trompe ? » notais-je en penchant la tête sur le côté. « Dispute de couple ? » demandais-je. Je n’osais imaginer ce que ça faisait d’être marié aussi jeune ! Mais après tout, c’était une tradition comme une autre. « En tout cas, si c’est lui le compositeur, je trouve qu’il fait de belles déclarations d’amour … » glissais-je avec un sourire amusé pour essayer de dérider la jeune femme en face de moi.

« John ! Tu peux nous amener deux Vodkas orange ? » demandais-je à un collègue en posant une main sur le bras de la jeune femme. « Allez, si tu es sortie, c’est que tu veux faire un minimum la fête. Et si ce n’est pas avec ton mari, on s’éclatera toutes les deux ! » Et boire me réchaufferait un peu pour cette nuit glaciale ! Deux verres lévitèrent jusqu’à nous. John mettrait ça sur ma note. J’attrapais mon verre et le fis tinter contre celui de la jeune femme. « A cette soirée, aussi pourrie soit-elle ! » me moquais-je avant de vider d’une traite mon verre. « Outch, c’est un peu fort … » reconnus-je en faisant une grimace.

« Bon, parle-moi de toi. Parce qu’au final, je connais bien Tris mais on n’a jamais bien parlé toutes les deux. Vous vous connaissez depuis combien de temps ? » demandais-je. « Et avec ton mari ? Comment s’appelle-t-il déjà ? »
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« Peut être qu’on doit être un peu amoché avant d’être à la hauteur. »