Une décision dans l'hiver
Jeudi 9 Décembre 2021

Le soleil n’est pas levé. Pas encore. Il va arriver, petit à petit, tranquillement. Et dans la nuit de ce début d’hiver la plupart des élèves dorment encore. Mais l’insomnie est là, présente dans mon esprit, comme à chaque hiver, comme avant chaque vacances de Noël. "Je ne veux pas y retourner" se plaint l’esprit. À quoi bon rentrer à la maison si c’est pour revivre ce que je vis chaque année ? Les parents arriveront en retard, en tenant la main du petit garçon toujours en train de râler qui est censé être mon petit frère. Petit être humain boudeur qui se plaint sans arrêt. Et maman me dira de me dépêcher, peut-être y aura-t-il papa, mais lui sera trop occupé à surveiller les bêtises de John pou m’adresser la parole.

Je ferme les yeux pour tenter de me rendormir mais comme à chaque fois je ne fais que revoir mes souvenirs. Cauchemars incessants qui guettent le moment où je vais fermer les yeux pour me sauter dessus. Et ça recommencer encore et encore.

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Au milieu d’un parc blanchit par la neige de l’hiver avancé, une petite fille se tient debout. Seule dans la nuit, seule au milieu des flocons qui viennent fondre sur ses joues pour se mêler aux larmes qui coulent sans arrêt. Premier retour à la maison pour les vacances de Noël. Mais ce n’est que maintenant qu’elle a compris que plus rien ne sera jamais pareil. Petite fille est devenue grande dans l’esprit de ses parents depuis la rentrée à Poudlard. Mais pourquoi est-ce ainsi ? Pour l’enfant c’est injuste. Elle aussi veut être avec ses parents, comme chaque enfant aime revoir ses parents lorsque cela lui est possible. Les revoir et être accueilli par un sourire heureux et par un Bonjour joyeux à l’heure où on arrive à la gare. Mais ça n’est pas arrivé et ça n’arrivera plus jamais. Et ce n’est que maintenant qu’elle ne le comprend. Que tout est oublié.
Alors la petite reste sous la neige froide à revivre seule ses souvenirs. Et elle chante toutes les chansons qui lui reviennent en tête, comptines d’enfants ou chansons de plus grands autrefois chantées avec les parents. Elle chante en espérant que tous ces moments de joie qui ont bercés sont enfances s’envolent à tout jamais de son esprit. Mais ça ne fonctionne pas ainsi et la petite le sent. Les souvenirs reviendront la hanter dans des moments tristes, comme pour augmenter la douleur qui vie au fond d’elle. Douleur qui ne cessera jamais.
Et la neige tombe, vole au rythme du vent tandis que le soleil montre lentement ses rayons. Il est l’heure pour la petite de rentrer, plongée dans les souvenirs qui refusent de partir.

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Mes yeux se rouvrent et malgré moi les larmes coulent, revivre les souvenirs ne fait que du mal. Alors d’un pas discret et silencieux, je sors. Je marche sans bruit et rejoint cet endroit calme, encore plus calme à cette heure-ci. Sous le soleil qui commence à peine à se lever, je ferme les yeux au milieu du parc de l’école. S’il est trop tôt pour que la neige soit réelle, il n’est jamais impossible de l’imaginer. Et derrière mes paupières fermées, je vois. Les flocons tomber. Je sens. Le froid sur mes joues. J’entends. Le bruit du vent mêlé aux cris lointains de la maison. Les larmes coulent d’elles-même mais je ne fais rien pour les arrêter. Il faut savoir laisser sortir les choses. Et ici à ce moment, au milieu du parc, je suis seule. À l’abri des regards. Il n’y a personne pour m’observer, personne pour me juger comme ça l’est d’habitude. Suivant mon souvenir, je laisse les paroles de mes chansons s’échapper. C’est une étrange sensation de tout laisser sortir ainsi. Depuis trop longtemps je ne l’ai pas fait. Rester caché et silencieuse étaient tout ce qui m’importait. Mais la saison du moment ravive de trop douloureux souvenirs. Souvenirs qui font germer en mon esprit des questions auxquelles encore l’année dernière je n’osais pas penser. Des questions auxquelles je dois trouver rapidement une réponse avant qu’il ne soit trop tard.

Mais pour l’instant je reste là, seule, dans la nuit. En attendant que le jour se lève. Et qu’il soit l’heure d’aller en cours. Le parc silencieux est le meilleur moyen pour se calmer.

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Décision dans l'hiver Pref_110