Écriture d'une lettre
Jeudi 9 Décembre 2021


Perdue. Ici et là-bas. Partout et nulle part. Je suis à Poudlard. Je suis à la maison. Je suis petite. Je suis grande. Ou du moins plus âgée. Que de souvenirs qui remontent comme à chaque hiver. Comme à chaque futures vacances. Des souvenirs qui s’affichent devant mes yeux, qui parlent dans mes oreilles. Ils semblent tout faire pour m’empêcher de faire ce que je me dois de faire. Écrire une lettre. Écrire ma lettre. La lettre qui va s’envoler direction la maison de mes parents. Mais il me faut d’abord l’écrire. La rédiger. Tout est prêt. Sauf les pensées. Tout est mélangé. Le passé, le présent le futur. L’enfance et l’adolescence. Les pleurs et les rires. La joie et la tristesse. Distinguer les voix, les temps, les émotions est une affaire bien difficile.

*****
Dans un jardin, il y a une petite fille et sa maman sous la neige de l’hiver. Une enfant innocente qui apprend encore le fonctionnement de la vie accompagnée de l’être qui pour elle sait tout. Un doux moment partagés par les deux personnes dans l’hiver froid anglais. Et une petite voix curieuse qui s’élève dans le silence.
«Maman comment ça se fabrique la neige ?
-Ce sont les petites gouttes d’eau qui gèlent dans le ciel et s’assemblent pour faire les flocons que tu voix tomber.
-C’est magique ça ?
-Non, ce n’est qu’un effet de la météo. La magie c’est… ce serait de faire apparaître la neige en été.
-Est-ce que la magie c’est aussi de se transformer en boule de neige ?
-Oui certainement. Mais à quoi ça servirai ?
-Je sais pas maman. Est-ce que la magie c’est aussi faire arriver Noël plus vite ?
-Non Alkanor. Ça ça serait tricher.»
Les sujets s’enchaînent un à un, d’abord la neige puis la magie et Noël. Mais la maman n’est pas un dictionnaire ni un puis de savoir sans fond. Sauf que ça, la petite s’en fiche. Tout ce qu’elle entend, c’est des réponses à ses questions. Des réponses que tout le monde ne trouve pas. Et c’est ça le bonheur. C’est d’apprendre par des questions, c’est d’essayer d’y répondre, c’est de partager. C’est de sourire à ces réponses ni tout à fait justes ni tout à fait fausses. C’est de rire des choses dites sans se moquer, c’est d’être amusé de tout et rien.
*****


La petite fille et la maman ont disparu. Il n’y a la place que pour l’école. Poudlard. Mon refuge. La neige est partit elle aussi, car l’hiver n’est pas encore vraiment là. Il n’y a rien. Plus rien. D’important en tout cas. Mais je ferme les yeux, je réclame encore la joie. L’enfant qui somnole au fond de moi appelle elle aussi ce sentiment. Je veux la neige. Je veux maman. Et papa. Tout ça. C’est simple, non ?

*****
Le blanc est revenu. Le sol est recouvert de ce blanc froid. Éclatant sous le soleil à moitié caché par les nuages. Des rires résonnent d’un peu partout. Un rire cristallin, enfantin, insouciant. Et les rires d’un papa content. Content d’être en vacances lui aussi, content d’être là. Les deux êtres jouent dans la neige. Non loin, un petit bonhomme de neige couvert par une écharpe qui embêtait l’enfant, et la maman est assise à côté. Et ne peut pas courir, c’est elle qui porte le futur petit frère. Mais elle regarde et elle sourie. Car maintenant, des boules de neiges pas très solides volent et s’écrasent un peu partout sur le sol. La fillette et le grand enfant ne savent pas viser. Mais est-ce vraiment l’important ? Ne faut-il pas plutôt entendre les rires ? Un des seuls bruits que la petite apprécie réellement. Ne faut-il pas voir les sourires ? Ce sourire qui deviendra rare sur le visage de la petite. Doux souvenirs qui a bercé l’enfance. Pas seulement doux. Agréable aussi, joyeux. Plein d’innocence sur le monde extérieur. On ne peut pas lui en vouloir, à la future sorcière. Ce n’est encore qu’une enfant.
*****


La blancheur s’est effacé. Laissant place aux murs de la Tour des Serdaigles. Peu utilisée à cette heure-ci, tout est calme. Assez calme pour que je laisse les larmes couler et que la petit fille au fond de moi réclame la neige. Ses parents et les jeux.

*****
Il neige encore. Mais seulement dehors. L’intérieur de la maison est chaud. Mais pas agréable ni réconfortant. La petite fille semble avoir grandit. Mûrit. Blottie contre la fenêtre à regarder dehors, ses mains tièdes sont pressées contre ses oreilles tandis que dans son esprit résonnent des paroles mécontentes. Petit enfant ne veut toujours pas dormir. Sept mois que cela dure. Si dormir la nuit est difficile, avoir du calme le jour l’est encore plus. Et c’est douloureux, très douloureux pour la petite dont l’ouïe est sensible. "Joyeux Noël" murmure-t-elle en pleurant, encore et encore. Le sapin en bas a été fait. Rapidement, très, même trop. Quelques boules et une guirlande. Celle qui clignotait ne fonctionnait plus, mais le bébé prenait trop de temps pour en acheter une autre. "Bonjour bébé John" avait dit la petite en le voyant pour la première fois. Mais plus jamais elle ne l’a dit. Le bruit de cet enfant la pousse à se réfugier sans cesse dans sa chambre. Le repas a été bref. Va-t-il y avoir des cadeaux ? Ce n’est pas le plus important aux yeux de la fillette. La tradition est finie. Bébé John aurait pu y participer. Il ne sert à rien d’être très grand pour la tradition de la famille des Naoui. Mais il n’a pas voulu. Et les parents n’ont pas pu. Et dehors la neige tombe. Elle rajoute une chose perdue sur la couche déjà bien épaisse. Mais bébé John n’a que sept mois. Que va-t-on perdre encore ?
*****

Tout disparaît soudainement. Devant mes yeux, le parchemin encore vide de toute encre, et la plume à la main. Je regarde le tout tandis que les larmes coulent. Oui. Non. La tradition est perdue. À quoi bon y retourner si c’est pour attendre encore une heure que les parents arrivent, pour voir le salon sans sapin que je vais devoir essayer de faire seule, pour voir le bazar qui règne encore et toujours depuis l’arrivée de John ? À part souffrir, c’est tout ce que je vais ressentir. Alors je suis déterminée, et doucement, en formant bien mes lettres, j’écris.


Papa, maman,
Je vous souhaite de bonnes vacances, encore faut-il que vous en ayez. J’espère que vous passerez un bon Noël. Et une belle nouvelle année. Je ne viendrais pas cette année, ne vous embêtez pas à aller la gare pour me chercher. Je préfère rester à Poudlard pour étudier. Mais ne vous inquiétez pas, ici au moins c’est décoré.
On se revoit cet été, je ne viendrais pas à Pâques non plus. Les BUSES approchent, j’imagine que vous pourrez me comprendre.
À bientôt
Alkanor


Je sais que mes parents comprendront le vrai motif du pourquoi je ne viens pas. Mais ça m’est égal. Je ne rentre pas, c’est tout. Et laissant l’encre sécher, je rentre ensuite le parchemin dans une enveloppe. J’irai à la volière plus tard. Je préfère aller regarder dehors.

_________________

Écriture d'une lettre Pref_110